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Les clés secrètes du Hatha-Yoga

LE YOGA PLANCOËTIN

Stage de Yoga du 04 mai 2013

 « Les Clés secrètes du Yoga »

Intervenant 

Gabriel Plessis Enseignant du Yoga

Les clés secrètes du Hatha-Yoga logo-om

MEDIAPLAYER  Gayatri Mantra Partie 1

 

Commençons par les questions qui fâchent :

« Pourquoi ressentons-nous des oppositions là où nous devrions percevoir des complémentarités ? »

« Pourquoi avons-nous deux différents modes précis et complémentaires de pensée si peu intégrés l’un à l’autre ? »

Il y a deux réponses possibles à cela quand bien même nous appliquerions au pied de la lettre la mise en garde de Maurice Blanchot : « La réponse est le malheur de la question ! »

La première tentative de réponse serait de nature théoricienne ; elle se rattacherait donc à l’épistémé, mot grec qui englobe le langage rationnel, la connaissance des sciences en général, en l’occurence celle des neurosciences. Les ouvrages ne manquent pas là-dessus ! Tout a été dit et ça n’a pas changé grand-chose quant à la nature fonctionnelle et comportementale de l’homme… Tout reste à faire… à vivre surtout !

La seconde réponse – celle qui nous intéresse – est essentiellement d’ordre expérimental. D’emblée, il convient de préciser que le yoga s’est forgé, dès l’origine (- 3000 environ), à partir d’expériences empiriques. Le proto yogi, si je puis dire, se voulant un pragmatiste-né, s’appuyait constamment sur une observation rigoureuse des lois et des mécanismes de la Nature. Mieux, il les intégrait en lui selon la double loi de Participation et de Correspondance entre le monde sensible (nature naturée) et le monde suprasensible (nature naturante).

Est-ce à dire que le Yoga serait une religion primitive ? Oui et Non ! Tout dépend de ce que l’on met dans le sac du mot religion. Assurément, le yogi est religieux mais au sens de religare, c’est-à-dire « relier ». Entre « religieux » au sens confessionnel et « reliance » selon l’acception métaphysique, il y a deux poids deux mesures…

Ce qui précède me conduit maintenant à vous parler du Hatha Yoga. Maintes fois, au cours de mon expérience professionnelle, la question suivante me fut posée :

« Quel yoga enseignez-vous ? Ce n’est pas seulement que le hatha-yoga ? »

… Sous-entendu les postures ou le yoga physique !  Nous y sommes, la confusion des genres commence au regard du sacro-saint dualisme esprit-matière.

Je m’explique.

Je vous disais précédemment que le yoga est avant tout une expérience de reliance.

  • reliance entre le connu et le non-connu de nous-même
  • reliance entre soi et les autres
  • reliance entre les forces du dedans et celles du dehors
  • reliance aussi entre notre propre organisation fonctionnelle réagissant aux multiples propositions de l’environnement
  •  reliance encore entre le psychologique et l’ontologique
  • reliance enfin entre le point topographique qui nous est dévolu, celui que nous occupons sur cette planète, et le vaste univers qui nous entoure…

Dans son étymologie yoga signifie unir, relier eu égard au yuj sanskrit qui a donné le jugum latin rendu par le mot joug en français ainsi que par la forme verbiale anglo-saxonne to yoke. En vertu de cette étymologie concise, nous voici en présence de l’art de l’attelage que propose le Hatha Yoga…

Mais atteler quoi ?

Eh bien, le Ha et le Tha ! Autrement dit, deux énergies opposées et complémentaires, l’une de type solaire et masculine, l’autre de type lunaire et féminine, deux énergies qui se combinent et se diversifient à l’infini…

En Inde, cette expérience, apparentée à une union ou à un mariage, est désignée sous le nom de « maithuna ». Pour nous, pratiquants du hatha-yoga, le maithuna s’opère à hauteur du centre phrénique – l’épigastre – là où se situe le plexus solaire en résonance avec le manipura, centre d’énergie positionné sur l’axe des chakras. Dans la pratique, il s’agit donc de conjoindre sans les confondre deux énergies vitales et fonctionnelles. L’une, le prana, qui a son siège dans l’espace intra-thoracique, l’autre, l’apana, qui régit le foyer intra-abdominal.

Le prana est une énergie dite comburante, c’est-à-dire nutritive et assimilatrice ; l’apana est une énergie dite dissolvante donc métabolique et éliminatrice.

En substance, le maithuna est rendu possible par la pratique conjuguée des asanas (postures) et du pranayama (techniques respiratoires). Mais ce n’est pas suffisant. A cela, il faut ajouter des techniques plus subtiles en relation avec l’émergence « co-opérative » de la Conscience-énergie.

 Vous allez me demander : « La conscience-énergie… qu’est-ce à dire ? »

Je réponds d’emblée en m’appuyant sur le premier aphorisme des yoga-sutras de Patanjali :

« yoga chitta vritti nirodha »…

Je traduis :

 « Le yoga est l’arrêt de l’activité automatique

et

des agitations du mental »

… condition sine qua non dans le processus d’ouverture du champ…

Nous allons devoir ouvrir la boîte à outils et faire l’inventaire des premières clés secrètes indispensables à cette ouverture du champ d’investigation de la Conscience-énergie.

C’est à bon escient si je choisis en priorité la clé du jnana mudra que nous traduirons ainsi : geste auspicieux de la connaissance.

 

jnana-mudra-3

D’une manière générale les mudras sont liés au langage des mains et des doigts. On les retrouve abondamment dans la danse indienne du bharatanatyam ainsi que dans le corpus postural du yoga.

bharatanatyam

Permettez-moi de faire un constat. Je remarque très souvent dans les cours, que vous soyez étendu sur le dos ou assis dans la pose de méditation, un abandon négligé des bras et des mains comme si les extrémités des membres supérieurs étaient déconnectées de l’unité somatique et du foyer central où la conscience-énergie est censée se déployer. Il faut y remédier sinon l’énergie s’épanche ou se dilue « à côté », c’est-à-dire  dans un espace où toute construction devient impossible.

C’est pourquoi, avec le jnana mudra, nous allons découvrir comment réaliser une « boucle énergétique » de façon à réunir toutes les parties morcelées, fragmentées, éparses de nous-même. Cette technique est capitale si nous voulons stopper la fuite épuisante de nos énergies subtiles.

Commençons par observer nos mains, lesquelles sont le prolongement de notre mental mais également le point de départ de multiples interactions neuro-sensitives sur les principales zones motrices de notre cerveau. Je ne vais pas refaire l’histoire de la main depuis l’homo faber en passant par les artistes de l’art rupestre de Lascaux voici 50 000 ans.

Quand je forme avec ma dextre le jnana mudra, en vérité je fais allusion, en filigrane, à un signal d’entrée et à un signal de sortie, donc deux signaux qui sont en lien mutuel…

Faire une boucle énergétique, c’est mettre en lien simultanément les signaux d’entrée et de sortie d’une chaîne qu’elle soit neurophysiologique ou neuropsychique. Et nous voici propulsés dans l’application des champs cybernétiques intimement liés à notre unité fonctionnelle : énergétique, neurologique, physiologique, organique, ostéo-musculaire, etc.

Instruisons maintenant le jnana mudra en reliant le pouce et l’index en forme de cercle. Le cercle ainsi figuré, posons-nous la question :

« Quelle est la zone de peau impactée par le pouce qui doit rester dominant et actif sur l’index ? »

le-jnana-mudra

Observez ! Il s’agit d’un point situé sur le côté radial de l’index, juste en arrière de l’angle de l’ongle. Ce point est connu des acupuncteurs sous le nom de shangyang, premier point d’entrée du méridien du Gros Intestin couplé à celui des Poumons. Retenez aussi que le point de sortie du méridien des Poumons – le shaoshang 11 – se situe sur le côté radial du pouce, également en arrière de l’angle de l’ongle. Il est intéressant de noter que la circulation circadienne de l’énergie se réactive chaque matin au lever du soleil, précisément par la voie de ces deux méridiens Poumons et Gros Intestin.

4 h du matin TU pour le méridien Poumons… 6 h du matin TU pour celui du Gros Intestin. La cohérence est parfaite avec le système orthosympathique qui s’active également au lever du jour.

Il est important de souligner, en passant, que l’accélérateur orthosympathique atteint son pic quand le soleil est au zénith. Parallèlement, la marée énergétique inonde le méridien du cœur. La fonction énergétique de cet organe est à son maximum à Midi TU.

Sachez que l’énergie est en plénitude, donc en force, sur chacun des 12 méridiens pendant 2 heures. Autrement dit, à partir du point du jour et dans un laps de temps de 4 heures environ, les plages horaires sont propices à la pratique du yoga et des exercices respiratoires. Le tonus énergétique s’en trouvera boosté sur l’ensemble du réseau jusqu’au dernier méridien – celui du Foie – lequel sera en plénitude entre 2 et 4 h du matin.

Le cycle circadien de 24 heures est donc assimilé à une marée énergétique sur les organes et les viscères… Je ne peux tout dire aujourd’hui, nous aurons l’occasion de revenir sur cette ordonnance de nos horloges énergétiques, ce qui nous permettra de comprendre la pertinence des couples horaires pour s’activer physiquement, pour penser, réfléchir, concevoir, pour se nourrir, pour se détendre, pour les plaisirs amoureux et pour se réparer dans les cycles salvateurs du sommeil.

Poursuivons la schématisation de notre jnana mudra. Le cercle formé par le pouce et l’index symbolise l’union du principe cosmologique d’auto-création (le pouce) que les hindous nomment Brahman et sa projection individuelle – atman – hypostasiée  au cœur de notre être (l’index).

jnana-mudra-2

MEDIAPLAYER  Gayatri Mantra Partie 2

Ce premier élément du jnana mudra nous enseigne que le yoga est bien une expérience de reliance entre le plus petit et le plus grand, entre microphysique et macrophysique, aussi entre l’unique et le multiple, encore entre le singulier et l’universel…

Je ne sais plus si c’est Edgar Morin ou Louis Pauwels qui disait :

« Nous faisons trop de sociologie, pas assez de cosmologie. »

Notre clé du jnana mudra est encore incomplète.

« Que faisons-nous des trois autres doigts savoir…

le médius, l’annulaire et l’auriculaire ? »

Eh bien, ces trois doigts seront accolés et finement tendus dans une harmonieuse mesure. La symbolique est énorme. Elle nous parle des trois principes majeurs de la thermodynamique universelle que les philosophes de l’Inde nomment : rajas, tamas et sattva…

  • Rajas… principe d’action et de mise en mouvement
  • Tamas… principe de résistance et de frein
  • Sattva… principe d’équilibre et de stabilité

 

jnana-mudra-4-300x284

Dans cette conscientisation des trois doigts mis en équilibre, reliés aux trois principes moteurs évoqués, c’est l’ensemble de notre système nerveux central, avec sa double voie ortho et parasympathique qui est immédiatement concernée.

La boucle est bouclée. L’énergie peut circuler dans son unité neuro-physique stabilisée sans perte de dynamisme, sans excès de résistance, les signaux d’entrée et de sortie ainsi connectés assurant un parfait équilibre entre le psychisme et le somatique.

Retournons dans la boîte à outils. Une nouvelle clé mérite d’être examinée avec le plus grand soin. Je veux parler du Pranamudra, « geste auspicieux » qui rend hommage au prana. Vous savez… l’énergie comburante !

anjali-mudra

Pranamudra figure au début et à la fin de la grande salutation. Là, nous sommes encore dans le concept des boucles cybernétiques fermées, en particulier celles qui intéressent directement le tonus musculaire et le rythme cardiorespiratoire. Le pranamudra se pratique également dans la stase réservée à la méditation – dhyana – septième palier de l’Ashtanga Yoga de Patanjali. Notons en passant que pranamudra est encore désigné par l’expression sanskrite « Anjali Mudra ».

anjali-mudra-2

Voyons cela en détail avec mise en pratique :

Dans le pranamudra, les mains sont jointes à hauteur du milieu du sternum et à une distance de ce dernier équivalente à l’empan, soit environ 20 cm. Les pouces sont croisés mais c’est le gauche qui coiffe le droit et non l’inverse.

 Pourquoi ? En vertu du principe neural du crossing-over qui régit les commandes latéro-motrices, c’est bien le cerveau droit ou analogique qui prime (pouce gauche dominant) sur le cerveau gauche ou logique (pouce droit soumis).

Intéressant ! Pour une fois, l’ordre établi est inversé !

Mais le plus important se situe ailleurs, c’est-à-dire dans l’impactage subtil, ténu, chaud et doux à la fois de la peau des mains. Les coudes sont tirés vers le haut sous l’effet de la pression mutuelle des paumes. On notera également la présence d’une zone de fermeté juste au niveau du talon des mains, ce qui génère un fort contraste proprioceptif avec les extrémités des doigts.

L’espace médian entre les paumes et entre les doigts contient l’ensemble de notre colonne vertébrale, du sacrum jusqu’à la masse cérébelleuse du crâne. En bas, le centre gravifique du corps. En haut, le centre trifonctionnel de la respiration, de l’équilibre et de l’attention juste. Entre les deux se dessine notre plan orthopédique

Dans cette expérimentation unique du pranamudra, jamais, les deux cerveaux, masculin et féminin, ne se sont regardés d’aussi près… Jamais, les deux énergies solaire et lunaire, celles du « Ha » et du « Tha », opposées et complémentaires, ne se sont exposées à un tel face à face… et ce, dans une mediadistance si infime, impalpable et respectable que la fusion en devient impossible. Pas de fusion… sinon confusion ! C’est sur cette frange invisible, pareille au fil du rasoir, que se révèle l’intensité vibratoire du Pranamudra. C’est ce que j’appelle la « troisième force » ou ce que les physiciens nomment le « tiers exclu » rapatrié à sa noble place.

Accordons-nous quelques instants pour mettre en pratique ce bel hommage gestique au Prana. Pour souligner la densité de cette expérience, j’ai recours à une remarquable pensée de Gustav Meyrinck, extraite de l’un de ses ouvrages : Le Dominicain blanc.

« Je t’enseignerai à prier ; vous autres, vous ne savez pas prier. On ne prie pas avec des mots, on prie avec les mains.

Prier avec des mots, c’est mendier. On ne mendie pas. L’esprit sait déjà tout ce qu’il te faut.

Quand les paumes des mains se touchent, la droite de l’homme appliquée sur la gauche referme une chaîne.

Ainsi tout le corps est solidement lié, et au bout des doigts relevés monte une flamme.

Tel est le secret de la prière, qui ne se trouve écrit dans aucun livre. »

FIN DE L’EXERCICE

CONCLUSION

Pour conclure le présent propos, reprenons la double interrogation de départ. Vous savez… les deux questions qui fâchent !

« Pourquoi ressentons-nous des oppositions là où nous devrions percevoir des complémentarités ? »

« Pourquoi avons-nous deux différents modes précis et complémentaires de pensée si peu intégrés l’un à l’autre ?

Le temps de la reconciliation a sonné et j’espère, au sein de ce modeste exposé, avoir apporté du sens à l’un des questionnements les plus poignants que l’homme est en droit de se poser.

Depuis le minoéen récent, c’est-à-dire 15 siècles avant J. C, la pensée duelle, dominante, de type andocratique et patristique, a toujours constitué le fléau de nos cultures dans le tissu d’une civilisation multi-millénaire frappée du sceau de la Pensée Unique, outrancièrement masculine tout en reléguant dans l’ombre les valeurs du féminin et de la Pensée Holistique.

Nous venons de voir que le yoga a joué un rôle prépondérant dans la pensée classique de l’Inde, en se démarquant dès l’origine de l’imposture religieuse et dogmatique instituée par les prêtres brahmanes. Disons-le, haut et fort, le yoga n’est jamais sorti du Brahmanisme mais de la très ancienne civilisation proto-védique de la vallée de l’Indus. Durant des millénaires, il s’est frayé un chemin dans un courant souterrain connu sous le nom de tantrisme.

Littéralement, tantra signifie « extension de la connaissance » dans un champ expérimental qui ne laisse aucune place à une quelconque orthodoxie de la pensée… Cela fera l’objet d’une réflexion ultérieure !

Enfin, pour conclure…

« Quel yoga enseignez-vous ?

Réponse :

« Il n’y a qu’un seul yoga qui englobe yama (éthique), niyama (observances psychiques et physiologiques), asanas (expérience posturale), pranayama (contrôle du souffle subtil), pratyahara (contrôle de l’activité psychosensorielle), dharana (attention juste), dhyana (expérience méditative) et samadhi (enstase finale opposée à l’extase…) ».

 Au stade du samadhi, qui signifie « remettre ensemble » (nous retrouvons le même sens dans l’étymologie grecque du mot symbolesum-bolein), la problématique des « couples d’opposés » est définitivement résolue. Toutes les pièces disjointes et morcelées du puzzle psycho-ontologique sont « recollectées » dans la mémoire d’origine et dans l’unité première. Notre visage originel, situé de l’autre côté du miroir, apparaît ainsi comme l’hypostase intacte et lumineuse de la Totalité…

Je viens de décliner les huit étapes de l’Ashtanga Yoga de Patanjali, système codifié il y a vingt siècles par un auteur qui était à la fois grammairien, algébriste, médecin-yoguiste, philosophe et astronome…

Même profil que celui d’Avicenne qui vécut 10 siècles plus tard et qui influença toute la médecine, les sciences de la nature, la botanique, l’astronomie (Avicenne inventa des coupoles tournantes), la philosophie et la théologie occidentales.

Là encore, cela fera l’objet de futures réflexions au sein de nos stages et ateliers…

Je terminerai par ce remarquable aphorisme de sri Aurobindo :

« Les limitations du corps sont un moule ; l’âme et le mental doivent se verser en elles, les briser et les refaçonner constamment en de plus vastes limites, jusqu’à ce que soit trouvée la formule d’accord entre cette finitude et leur propre infinité. »

 

    Merci de votre attention !

    Gabriel Plessis alias Gaby le Thélémite

    A Plancoët le 04 mai 2013

 

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